Dirigeant associé unique d’une holding : se rémunérer ou ne pas se rémunérer ?
Les choix opérés lors de la création et du fonctionnement d’une holding ne sont jamais neutres. Forme sociale, régime fiscal, rémunération ou dividendes : chacun de ces arbitrages peut avoir des conséquences sociales et fiscales importantes.
L’absence de rémunération en SASU à l’IR : une fausse bonne idée ?
Une SASU peut opter, sous conditions, pour l’impôt sur le revenu. Lorsque son président associé unique ne se verse aucune rémunération, il n’est affilié à aucun régime de sécurité sociale, le statut d’assimilé salarié ne produisant d’effet qu’en présence d’une rémunération.
Dans cette hypothèse, la quote-part de bénéfice imposée entre les mains de l’associé relève des prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine (18,6 %) et non des contributions sociales sur les revenus d’activité (9,7 %).
Une réponse ministérielle récente (n°12673 du 2 juin 2026) confirme ainsi une position désormais retenue par l’administration fiscale et qui a déjà donné lieu à plusieurs redressements. En pratique, le versement d’une rémunération, même modeste, peut permettre d’éviter cette situation.
Dividendes ou rémunération : au-delà du taux d’imposition
Le choix entre rémunération et dividendes dépend également de la forme sociale.
En SARL, les dividendes perçus par le gérant majoritaire sont soumis aux cotisations sociales (soit environ 40 % du dividende) pour leur fraction excédant 10 % du capital, des primes d’émission et des comptes courants d’associé. En SAS, ils restent, sauf exception, soumis à la flat tax (soit 18,6 % de CSG/CRDS).
Pour autant, comparer uniquement le coût des prélèvements serait réducteur : les cotisations sociales financent une protection sociale (et permettent d’acquérir des points de retraite) dont les prélèvements sur les revenus du patrimoine sont dépourvus. L’économie immédiate ne constitue donc pas toujours le meilleur choix.
L’option pour l’IS : un formalisme à ne pas négliger
L’EURL relève par défaut de l’impôt sur le revenu mais peut opter pour l’impôt sur les sociétés, notamment afin de bénéficier du régime mère-fille lorsque la holding perçoit des dividendes.
Or, l’administration fiscale remet parfois en cause cette option lorsqu’elle estime que le formalisme n’a pas été respecté. Les conséquences peuvent être particulièrement lourdes : remise en cause du régime mère-fille sur le plan fiscal et, si l’associé exerce son activité dans l’EURL, assujettissement de l’intégralité du bénéfice aux cotisations sociales des travailleurs indépendants.
La même vigilance est nécessaire lorsqu’une SARL devient unipersonnelle : l’option pour l’IS doit être régulièrement exercée afin d’éviter un double redressement fiscal et social.
Penser également à la cotisation PUMa (dite « taxe des rentiers »)
Un dirigeant qui ne se rémunère pas doit également vérifier s’il est susceptible d’être redevable de la cotisation subsidiaire maladie (PUMa). Lorsque les revenus professionnels sont insuffisants et que les revenus du patrimoine sont élevés, cette cotisation peut s’ajouter aux autres prélèvements et modifier sensiblement l’intérêt d’une stratégie privilégiant exclusivement les dividendes.
En conclusion
Le choix entre SAS et SARL, IR et IS ou encore entre rémunération et dividendes ne peut être guidé par la seule recherche du prélèvement le plus faible. Il doit intégrer la fiscalité, les cotisations sociales, la protection sociale du dirigeant et le respect du formalisme déclaratif.
Une absence de rémunération ou une option fiscale mal sécurisée peuvent entraîner des conséquences financières bien supérieures aux économies initialement recherchées.